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Un outil pour y voir plus clair dans les cryptomonnaies : ce qui fonctionne et ce qui s'estompe

Billet de novembre, blogue en sciences de la consommation
Consommatique cryptomonnaie

Ce texte s'inscrit dans la continuité d'un précédent billet paru en novembre 2025 : Les clés de l’investissement en cryptoactifs : qu’est-ce qui motive les Québécois(es) à investir.

Introduction

En novembre 2025, nous avons publié un billet présentant quelques résultats d’un projet de recherche visant à déterminer si certains facteurs psychologiques influencent l’intention d’investir en cryptomonnaies*. Ce billet se concluait en annonçant la Phase 2 du projet : la conception et l’évaluation d’un outil de sensibilisation destiné à un public cible précis.

Alors qu’il était d’abord prévu de cibler les jeunes adultes, les résultats de la Phase 1 nous ont plutôt amenés à nous intéresser aux Québécois.es de 50 à 65 ans. Ce groupe présentait en effet un niveau de connaissance plus faible et envisageait d’investir des montants plus élevés. Les résultats obtenus sont particulièrement éclairants.

Groupes de discussion

Deux groupes de discussion ont d’abord été organisés auprès de dix personnes de 50 à 65 ans afin de répondre aux questions suivantes :
1.    Quelles sont leurs représentations mentales des cryptomonnaies ?
2.    Comment envisagent-ils la recherche d’information à l’égard des cryptomonnaies ?
3.    De quelles façons s’attendent-ils à être sensibilisés à l’égard des cryptomonnaies ?
4.    Quels sont leurs acquis et leurs lacunes à l’égard des cryptomonnaies ?

Les échanges ont fait ressortir une série de critères que devrait remplir un bon outil de sensibilisation. Selon les participants, cet outil devrait prendre la forme d’une page Web, et il faut qu’il : 
•    donne une représentation plus tangible des cryptomonnaies
•    compare les cryptomonnaies à d’autres types d’investissements
•    présente un bilan social des cryptomonnaies
•    développe l’autonomie en contexte d’investissement en cryptomonnaies
•    explique le cadre légal entourant les cryptomonnaies
•    explique et présente les risques
•    provienne d’une institution ou d’un organisme fiable (ex. gouvernemental, bancaire, université)
•    transmette des messages neutres, exempts de conflits d’intérêts et de messages marketing
•    représente un ensemble cohérent sans contradiction
•    montre des éléments visuels facilitant la compréhension
•    transmette des messages courts et simples
•    aide à développer une stratégie de recherche d’information
•    présente une structure claire étape par étape et intuitive
•    possède une adresse URL simple et facile à retenir
•    offre un référencement vers des personnes ou des ressources qualifiées
•    propose une foire aux questions (FAQ)
•    propose une infolettre

Les participants étaient d’avis qu’aucune ressource ne répondait à leurs besoins d’information à propos des cryptomonnaies. Pour le vérifier, nous avons analysé une dizaine d’outils publiés en ligne, principalement des pages Web. À notre connaissance, aucun ne répondait à la grande majorité des critères énumérés.

Nous avons donc conçu une page Web, accessible à l’adresse cryptoactifs.ca , afin de répondre à ce besoin d’information. Nous avons ensuite mesuré son effet sur les connaissances des participants et sur divers facteurs psychologiques liés à l’intention d’investir.

Tester l’efficacité de l’outil

Pour mesurer l’effet de cryptoactifs.ca, nous avons mené une expérimentation en ligne auprès de 854 Québécois.es de 50 à 65 ans qui connaissaient l’existence des cryptomonnaies. La moitié d’entre eux a lu l’outil avant de répondre à un questionnaire (groupe exposé) ; l’autre moitié a répondu au même questionnaire sans l’avoir vu (groupe non exposé). Dans chaque groupe, la moitié des répondants hésitait ou avait l’intention d’investir en cryptomonnaies. Six semaines plus tard, 686 de ces personnes ont rempli de nouveau le questionnaire, sans revoir l’outil.

Un effet immédiat important sur les connaissances

Les personnes qui ont lu l’outil ont obtenu de bien meilleurs résultats à six questions de type vrai ou faux sur le fonctionnement de la chaîne de blocs Bitcoin : en moyenne 3,8 bonnes réponses sur 6, contre 2,1 sans l’outil. Elles ont aussi répondu « Je ne sais pas » environ deux fois moins souvent. Fait intéressant, le gain est plus marqué chez les personnes qui n’avaient pas l’intention d’investir. L’outil efface ainsi l’écart initial de connaissances qui les séparait de celles qui envisagent d’investir.

Des perceptions plus nuancées chez les personnes intéressées

Chez les personnes qui hésitent ou ont l’intention d’investir, la lecture de l’outil a réduit le regret de ne pas avoir (suffisamment) investi et le sentiment que les cryptomonnaies sont compatibles avec leurs valeurs et leurs attentes. Elle a aussi fait paraître l’investissement en cryptomonnaies plus complexe. Ces effets sont modestes, mais ils touchent des leviers importants : selon la Phase 1, la compatibilité leurs valeurs et attentes envers l’investissement est le facteur qui pèse le plus sur l’attitude envers l’investissement en cryptomonnaies, elle-même principal moteur de l’intention d’investir. L’outil n’a toutefois pas modifié de façon concluante l’intention d’investir à court terme, l’attitude ou la perception du risque.

Six semaines plus tard : un effet qui s’estompe

Le suivi nuance ces constats. Le score moyen du groupe exposé à l’outil est passé de 3,8 à 2,7 sur 6, alors que celui de l’autre groupe est resté stable (2,2 puis 2,3). Environ le quart du gain de connaissances subsiste donc. Toutes les notions ne résistent pas aussi bien au temps. Par exemple, le gain concernant le fait que les transactions sont visibles publiquement est presque entièrement perdu, alors que les personnes exposées sont encore plus de deux fois davantage nombreuses à savoir qu’une transaction ne peut pas être annulée. Les effets sur le regret et la compatibilité se sont aussi dissipés.

Enfin, les gestes de prudence recommandés par l’outil sont un peu plus fréquents chez les personnes exposées. Par exemple, 7,4 % d’entre elles ont vérifié si une plateforme était inscrite auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF), contre 4,7 % dans l’autre groupe. Ces gestes demeurent toutefois rares, et les écarts ne sont pas statistiquement significatifs.

Conclusion

Ces résultats montrent qu’un outil conçu avec son public peut dissiper une partie du brouillard qui entoure les cryptomonnaies : en quelques minutes de lecture, les connaissances progressent et les perceptions deviennent plus nuancées. Une seule lecture ne suffit toutefois pas à transformer durablement les connaissances, les perceptions ou les comportements.

Pour que l’information reste, la sensibilisation pourrait prendre la forme de rappels réguliers plutôt que d’une intervention ponctuelle. Une infolettre, d’ailleurs suggérée par les participants, pourrait diffuser de courts messages lors des fortes hausses de prix, au moment où la tentation d’investir est plus forte. Les notions les plus vite oubliées gagneraient à être répétées sous forme de messages simples. L’outil profiterait aussi d’être relayé par des sources que le public juge crédibles : institutions financières et médias spécialisés dans la protection du consommateur.

Enfin, les personnes qui envisagent d’investir s’informent aussi auprès de leurs proches (43 %) et de l’intelligence artificielle (17%). Des contenus faciles à partager et une information fiable, bien repérée par les outils d’IA, permettraient de les joindre là où elles cherchent déjà.
Prenez quelques minutes pour vous informer vous aussi à propos des cryptomonnaies : cryptoactifs.ca   

Ce projet a été réalisé grâce au soutien financier de l’Autorité des marchés financiers. Les informations, opinions et avis exprimés n’engagent que la responsabilité de l’Université Laval.

* Les cryptomonnaies, comme le bitcoin, forment une catégorie de cryptoactifs, un terme plus large privilégié par les autorités de réglementation. Celles-ci évitent le mot « monnaie », puisque ces actifs n’en possèdent pas les attributs essentiels : ils n’ont pas cours légal et ne sont ni émis ni garantis par une banque centrale.
 

Hugo Chouinard, M. Sc.
Étudiant au doctorat en sciences de la consommation appliquées aux technologies numériques (Ph. D.) et diplômé du microprogramme de deuxième cycle en administration des affaires - chaînes de blocs pour gestionnaires, Université Laval
Jacinthe Cloutier, Ph. D.
Professeure agrégée au programme des sciences de la consommation, Université Laval

 

01 novembre 2026